Une fois n’est pas coutume, je vais citer un article qui n’est pas de moi et qui est malheureusement très réaliste. Cet article est repris du numéro de mars de Reconquête, mensuel catholique d’information dirigé par Bernard Antony et auquel vous pouvez (si ce n’est déjà fait) vous abonner ici.
COURS, FOUREST!
Voilà ce qui arrive lorsque l’on suit les actualités d’un oeil ou d’une oreille distraits : l’on doute un peu de ce que l’on croit avoir lu ou entendu. Tenez, par exemple, il y a quelques semaines, nos amis les journalistes ont fait monter une triomphale mayonnaise autour de la personne de Mgr Richard Williamson. Derrière mon volant ou mes fourneaux, j’entends qu’ils saluent son attitude… son attitude quoi, vous dites ? Méga-sioniste ? Oui, ça doit être cela. Il faut dire qu’Israël avait bien besoin de soutien de poids, après le sanglant pilonnage de Wall Street et la fraude financière à Gaza (à moins que ce ne fût l’inverse…)
Pour occuper mes trajets en RER, il m’arrive de survoler le quotidien de référence™, négligemment oublié sur un strapontin : là encore, mes yeux embués suivent un parcours transversal dans les articles des brillantes plumes de la rédaction. A force de lectures trop rapides, j’enregistre d’étonnants résultats, que mon imagination, même débridée, a du mal à confirmer. Le 30janvier, je déchiffre à grand peine une rinçure de Caroline Fourest, qui s’exprime en tant que… en tant que quoi déjà ? Théologienne ? Politologue ? Laïciste intégriste ? Simple commentateure (bah oui, sa compagne Fiametta Venner, subtilement planquée dans les coulisses de l’interview de Mgr Williamson, est bien auteure, nous dit Le Monde) ?
Je découvre donc la « main tendue [de Benoît XVI] à l’extrême-droite anti-Vatican II, intolérante et antisémite », ce qui fait lourd à porter pour une seule main, surtout quand l’autre ne choie même pas les « théologiens de la libération excommuniés », ni ne console « les catholiques de gauche placardisés ». Après cela, je comprends que Benoît XVI est vraiment méchant, voire réactionnaire, car, entre autres abjections insupportables, il réhabilite le « dogme au détriment de l’œcuménisme » : voilà de quoi choquer les scrupules de l’experte en catholicisme et en foi, terrifiée de voir les « brebis galeuses » réintégrer le giron de son Église…
Plus loin, je rencontre, parmi les antiennes laminées du pseudo dossier à charge contre les horribles intégristes, le nom de Maurice Bardèche, dont notre journaleure n’a jamais dû lire le moindre ouvrage, puis Celui de l’abbé Philippe Laguérie et son « Institut dit du “Bon Pasteur”». Juste dit. C’est un surnom. L’Église dite catholique. Le véhicule a moteur dit voiture. Le bol de béchamel dit cerveau, en l’occurrence. Alors, bien sûr, Bernard Antony («élu FN», Fourest a des infos toute fraîches) et le regretté Dom Gérard Calvet (ici orthographié « Don ») ne pouvaient pas passer à travers les mailles des rets de la chasseresse (chasseure ?) hystérique : des « catholiques ouvertement d’extrême droite… se sont ralliés à l’Église du temps de Jean-Paul II » ; avant ce ralliement, Bernard Antony était en effet l’initiateur d’une hérésie majeure, plus grave encore que l’arianisme ou le nestorianisme, l’antonysme. Saint Irénée de Lyon n’avait pas prévu le coup !
Je termine par la perle : « Les catholiques traditionalistes rejettent souvent l’œcuménisme de Vatican II par nostalgie pour l’antijudaïsme chrétien (sic), ce bon vieux temps où l’on pouvait prier pour l’âme du juif déicide (orthographié ici « déïcide »). Leurs militants français s’inscrivent donc logiquement dans la plus pure tradition maurrassienne. »
Je ne mets jamais de calvados dans mon café matinal, mais pour le coup j’ai eu un doute.
Résumons : Charles Maurras priait pour l’âme des Juifs (ce qui d’ailleurs est un crime), donc il faut rejeter Vatican II, Bernard Antony est un prophète schismatique, Maurice Bardèche un antipape, les théologiens de la libération infiltrent l’Opus Dei, Mgr Williamson prépare un coup d’État avec Mahmoud Ahmadinedjad et comme disait Louis de Funès, « la vieille épouse le perroquet, j’épouse le Roi et je deviens Reine » ! Zinzin, on vous dit…
PIERRE HENRI (source : Reconquête, n°256, Mars 2009)
Vous pourrez trouver la vomissure d’origine à cette adresse :
http://carolinefourest.wordpress.com/2009/01/31/saint-pierre-et-ses-brebis-galeuses/

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